« J’adore cet endroit » , « #farniente », « #MeilleureVue ». Pour peu que vous ayez fait défiler votre fil Instagram cet été, vous vous êtes sûrement retrouvé face à des photos de vacances accompagnées de ce genre de description.

Street food délicieuse et colorée, gambettes qui dorent au doux rythme de la vie ou superbe vue arrachée d’une éprouvante victoire face à un circuit de rando en montagne. Voilà des années qu’Instagram nous invite à découvrir un univers à part : son univers. Beau, riche, faits de murs saturés, d’une végétation foisonnante et de jolis habits, le tout coloré d’une douce lumière et saupoudré de gens BEAUX qui sourient TOUT LE TEMPS, Telles les ressemblances de déco entre apparts AirBNB, Instagram a su imposer son imaginaire. A tel point que le phénomène donne naissance à un néologisme : l’Instagramabilité.

L’instagramabilité ?

On peut définir instagramable ce qui répond aux critères de beauté d’Instagram énumérés plus haut. En gros : est instagramable ce qui a de la gueule une fois posté sur Instagram.
Un petit exemple :

De la crème des blogueuses mode, à monsieur et madame tout le monde

Chez les utilisateurs du réseau social, le concept infuse dans les têtes. Petit à petit, cette esthétique propre aux blogueuses mode devient la norme chez l’utilisateur lambda. Et chez les plus soucieux de leur image, le concept s’emballe à tel point que la plupart des jeunes préféreraient aller en vacances dans des endroit dits « instagramables ». Comprenez par là : le principal c’est d’en mettre plein la vue avec les photos de vacances, le reste c’est du bonus. Même constat pour les bars et restaurants : moult pros de la restauration parisienne misent sur la « hype » de leurs lieux. Vu le prix de la pinte de kro, autant vous dire que vous payez pour être dans ce genre d’endroit, alors souriez et faites-vous plaisir avec un petit selfie en pensant à tous ces PMU destinés à mourir.

Le principal c’est d’en mettre plein la vue avec les photos de vacances, le reste c’est du bonus.

Tourisme, événementiel, restauration : une carte à jouer qu’elle est bien

Le tourisme a changé : les plages sur papier glacé sont remplacées par des posts de blogueurs et blogueuses qui jalonnent le monde et racontent leur aventure comme si c’était un album de Martine. L’événementiel : quelles sont les retombées de votre soirée des 100 ans de votre marque de sabots ? Par contre, s’il y a une animation qui passe bien sur Instagram (showcase, installation artistique, photomaton personnalisé) et crée l’envie, vous allez devenir la star des stories du coin.

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☠️ « Trinquons mes jolis YO HO ! » J’ai deux idéaux masculins dans ma vie : MF @martinfourcade (pour son excellence sportive) et ça tout le monde le sait, mais aussi Jack Sparow (pour ne pas dire Johnny Depp en pirate quoi) pour son charisme de capitaine complètement zinzin ???? Et donc comme une vraie groupie je rêve de conduire un bateau de pirates en buvant du Rhum. En attendant je m’entraîne à ANNECY donc cassez vous du lac merci sinon mon équipage et moi allons nous occuper de vous ! #tropdemonde #cestlété #annecy #wake #wakeboard #boat #sunset #speed #toujoursplus #onfaitleplein #avantlegranddepart #captaineLora ???? #littlesister ???? #maistoituesvenucomment ????

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Sans en faire des généralités, l’expérience du restaurant n’est plus simplement gastronomique : on veut un dressage canon sur le plat pour les mettre sur sa story. Les serveurs ne sont même plus choqués des gens qui sortent leur téléphone pour prendre leur plat en photo. On veut aussi que le lieu raconte une histoire. Le bouche-à-oreille reste un bel atout pour parler de son commerce, mais bien utilisé, Instagram présente un atout charme très séduisant.

Ici, à Rennes, on n’est pas en reste : Inspiration sud-Américaine pour Loco Loca, lieu atypique (les rageux diront « hypsterisant« ) pour Avec & Co, ambiance After-Work pour le White Fields … ces lieux où on aime passer du temps sont avant tout des lieux que l’on aime montrer ou faire découvrir. Un bon prétexte pour faire un tour inspirant sur les pages déco de Pinterest et passer un coup de peinture chez soi. Si vous voulez toucher un public présent sur Instagram.

Mon cerveau : un petit enfoiré qui prend pour argent comptant chaque photo de vacances.

L’heure de la tisane détox

Et puisqu’on ne me demande absolument pas mon avis, je vais m’empresser de le donner : j’ai toujours eu du mal avec cette vision idyllique des réseaux sociaux. Je connais mon cerveau et je sais que c’est un petit enfoiré qui prend pour argent comptant chaque image. Sur Instagram, je me retrouve au milieu de gens qui sont constamment en vacances dans des endroits merveilleux et qui font des trucs de dingos. Alors que tout compte fait je n’en sais rien : la photo est superbe, le cadre charmant, le chat trop mignon, mais peut être que le contrechamp donnait sur une décharge qui sentait mauvais. Tout le monde triche sur Instagram, et cela ne nous rend pas pour autant heureux, en témoigne la top model Essena O Neil, qui complexait sur ses formes et s’y reprenait plusieurs dizaines de fois pour prendre le cliché parfait.

Bref, j’ai hâte qu’arrive le contre Instagram : le premier réseau social avec des photo complètement banales.