J’ai rencontré Laurent lors du premier VeilleLab Ouest à Nantes, il est d’ailleurs revenu en octobre dernier à Angers.
Laurent est  aujourd’hui chargé des relations école-entreprise à l’ISTIA, école d’ingénieurs de l’Université d’Angers, qui propose notamment un Master 2 Innovation Technologique.
Je vous invite à lire cette interview du début à la fin, car Laurent y parle de veille, de knowledge workers, de formation, de community management, et bien sûr du VeilleLab 😉

Bonjour Laurent, peux-tu nous expliquer quel est ton rôle au sein de l’ISTIA ?

Bonjour Marie,
Je travaille à l’ISTIA depuis octobre 2001. Je suis actuellement chargé des relations de l’école avec les entreprises. En gros, je suis l’interlocuteur entre les étudiants, les enseignants et les entreprises notamment pour la diffusion des offres de stage, l’élaboration de partenariats, ainsi que pour déterminer l’évolution de nos formations et des métiers qui y sont associés…

Il s’agit également d’offrir aux entreprises et aux étudiants un service centralisé et unique, ce qui marque une évolution au sein de notre école, évolution symbolisée par notre changement de statut. L’ISTIA est en effet devenue école d’ingénieurs depuis 2006, ce qui a impliqué une réorganisation des activités, jusque-là au mieux assurées par chaque responsable information.
Cette centralisation nous permet notamment de générer des indicateurs plus facilement (nombre d’offres de stages ou d’emploi difffusées, taux d’insertion professionnelle de nos étudiants, salaires d’embauche…), de les synthétiser et surtout de les comparer d’une année sur l’autre.
Une grande partie de mon activité consiste à nouer des contacts et à faire connaître l’école sur les métiers auxquels nous formons, ainsi qu’à organiser le forum Ecole-Entreprises que nous organisons chaque année en novembre, lieu privilégié pour favoriser les rencontres entre nos étudiants et les recruteurs.

Pourquoi (et comment !) en es-tu arrivé là ?

J’ai un parcours un peu spécial et qui a priori ne me destinait pas à ces fonctions actuelles. Je travaille dans le milieu universitaire depuis 1997. Suite à des études d’histoire à l’Université de Tours, j’ai commencé à travailler dans une bibliothèque de littérature et civilisations anglo-saxonnes où j’ai appris le métier de bibliothécaire, à une époque où un certain Google à commencer à pointer le bout de son nez. Mon premier geste « documentaire » a été d’installer l’Encyclopédia Universalis sur le seul PC de la bibliothèque . J’ai appris le métier de bibliothécaire / documentaliste sur le tas.
En 2001, à la suite d’un concours, je suis arrivé à l’ISTIA pour mettre en place son centre de documentation, ce qui a été tout à la fois passionnant et difficile. Passionnant, car d’une part j’ai été amené à me former à une documentation très spécialisée notamment l’information brevet, qui m’a amené à un partenariat avec l’INPI des Pays de la Loire, et d’autre part à m’intéresser à la veille notamment par le biais du Master 2 Information Stratégique et Veille Technologique que dirigeait à l’époque M. Samier. Assez naturellement, je me suis rapproché de cette formation pour développer des nouveaux produits d’informations, tester des logiciels, proposer des formations à la recherche documentaire et à animer une cellule de veille technologique à destination des entreprises partenaires de l’ISTIA…
Encore aujourd’hui, je découvre grâce à M. Samier des nouveaux outils à qui je dois la découverte de l’année : Dropbox.
La veille et les sciences de l’information ont donc pris une part très importante dans ma vie professionnelle et personnelle, qui me font toucher un peu à tout : le référencement, la veille image et l’e-reputation de l’école & de l’université d’Angers, les réseaux sociaux, la bibliométrie…

Quelle est l’offre de l’ISTIA en termes de veille ? En quoi cette formation est-elle différente de celles déjà proposées ?

L’ISTIA est connue sur plusieurs formations très spécifiques comme la Qualité Logiciel, la Sûreté de Fonctionnement, l’Automatique, la Réalité Virtuelle et également la Veille Stratégique.
M. Samier a créé en 1996 un DESS Information Stratégique et Innovation Technologique qui a évolué en Master à la suite de la réforme LMD.
Le but de cette formation est de former des chefs de projet en Veille Stratégique mais on retrouve des profils très divers d’insertion professionnelle tels que chargé de veille (technologique, concurentielle, e-reputation…), consultant en système d’information, cyberveilleur, chargé en intelligence économique, documentaliste scientifique, voire des créateurs d’entreprise à l’image de Ludovic Simon qui est à l’origine de Doyoubuzz.
La particularité de cette formation est de doter des étudiants, de tous horizons, de fortes compétences de veille au service de l’innovation de produit ou de service au sein des entreprises afin de fluidifier la circulation des informations et favoriser la créativité. De nombreux professionnels interviennent ou sont intervenus dans cette formation (Jean Michel, P.Y Portnoff, Jean-Pierre Bernat, Pascal Frion, Julien Flandrois…)
Les étudiants qui sortent de ce parcours ont notamment de solides connaissances en terme d’outils de veille, de travail collaboratif et d’usage informationnel.
Cette formation va à nouveau évoluer dans l’école d’ingénieurs pour devenir un parcours Capital Immatériel et Management des Connaissances, à la rentrée 2011.

Peux-tu m’en dire plus sur votre community manager ? Quelles ont été les raisons de la création de son poste, et quelles sont les évolutions en cours ?

Nous avons recruté une Community Manager, Charlotte Trosic, en janvier dernier.
L’idée de départ était d’avoir quelqu’un pour animer le réseau des anciens, notion très importante dans notre école notamment dans la perspective de la construction du projet professionnel de nos étudiants. Nous travaillons également à l’Université d’Angers depuis plusieurs mois sur un nouvel outil permettant notamment de gérer les relations avec les diplômés, les offres d’emploi & de stage, une Cvthèque…
Parallèlement, nous avions conscience de la nécessité d’être présent sur les réseaux sociaux pour mieux communiquer avec nos étudiants (Facebook & Viadéo essentiellement). Nous pensons également que le réseau des anciens se construit bien avant la sortie sur le marché du travail de nos étudiants.
Nous avons donc ouvert en septembre une page Fan Facebook afin de fédérer nos étudiants et de diffuser un contenu différent qui n’a pas forcément sa place sur le site institutionnel de l’école.
Du coup, on a peu à peu glissé vers une sorte de community management collaboratif afin d’être le plus réactif possible, même si on est encore en plein apprentissage.
Nous réfléchissons également aux produits d’information que nous pourrions mettre en place dans le cadre de l’animation du réseau des anciens. Les idées ne manquent pas mais nous cherchons toujours la bonne mesure, afin de ne pas en rajouter dans la sur-information, qui irait à l’encontre de l’objectif recherché.

Que penses-tu de l’état actuel de l’offre et de la demande dans la veille ?

Je constate depuis plusieurs années un décalage important entre le nombre d’offres de stage en veille, et le nombre d’offres d’emploi. J’ai vu de nombreux stages ou de projets d’étudiants, qui n’ont jamais vraiment fonctionné par manque d’investissement en ressources humaines sur le long terme. J’ai vu quelques expérimentations intéressantes de temps partagé en veille, mais cela ne s’est jamais généralisé, probablement pour des raisons de confidentialité.
Je constate également qu’il y a souvent confusion entre la veille et la recherche d’informations. Nous sommes souvent sollicités sur des projets par des entreprises qui confonde veille avec état de l’art.
Le profil veilleur / spécialiste d’un domaine scientifique est en train de se renforcer. Je crois pourtant que la veille doit devenir une compétence à part entière d’un cadre d’entreprise (ce qui implique dans les écoles ou les universités de formations progressives à la maîtrise de l’information).
J’aime également beaucoup la notion de knowledge worker, qui a mon sens pourrait être un investissement intéressant pour les PME. Ce profil hybride à la fois veilleur, capable de rechercher et de synthétiser l’information, de faciliter sa diffusion, s’occuper d’un site internet, de son référencement, d’une présence sur les médias sociaux… pourrait apporter beaucoup, allant plus loin que le community manager qui aura du mal à s’implanter dans les PME.
Les formations restent probablement à inventer, mais je crois que cela pourrait notamment représenter des débouchés pour les formations en sciences humaines comme les étudiants en Histoire, qui me semblent avoir une sensibilité naturelle à l’information & à son partage.

Que penses-tu du VeilleLab Ouest et des deux rencontres auxquelles tu as participé ?

Je trouve votre initiative, à toi & Caroline, excellente, à la fois dans le fait de faire rencontrer les différents acteurs de la veille en région, mais également de tourner sur différentes villes. J’ai pu participer à ceux de Nantes & d’Angers, et j’apprécie tout particulièrement de pouvoir discuter avec d’autres professionnels et de retrouver des anciens de l’ISTIA, d’échanger sur nos pratiques et nos projets.
J’espère que vous allez continuer à nous faire découvrir des petits cafés angevins, nantais ou rennais 🙂