Internet et neutralité : un oxymore ?

A l’occasion de Cap’Com à Rennes le 5 & 6 avril dernier, j’ai assisté à une conférence sur la neutralité du net animé par Philippe Aigrin (cofondateur de l’organisme La Quadrature du Net qui défend les droits et les libertés des internautes). Sa présentation avait pour but de sensibiliser l’auditoire aux principes de la neutralité du net. À l’aide d’exemples concrets, il nous a expliqué les enjeux de cette problématique et pourquoi il était important de préserver la neutralité.
Mais déjà, qu’entend-on par « neutralité du net » ? Selon La Quadrature du Net, c’est :

Un principe fondateur d’Internet qui garantit que les opérateurs télécoms ne discriminent pas les communications de leurs utilisateurs, mais demeurent de simples transmetteurs d’information .

Plus concrètement, Internet est un réseau où circule l’information comme l’électricité circule dans le réseau EDF. De ce fait, « Internet est un réseau bête et nous en sommes ses cerveaux » comme l’expliquait Korben dans l’une de ses présentations. À l’origine, Internet est donc neutre et ne discrimine aucun contenu et aucune source. Garantir sa neutralité revient à dire que sur ce réseau, personne n’est en droit de modifier, d’altérer ou de supprimer un contenu ou de rendre une source inaccessible.

Quels sont les enjeux ?

Des enjeux économiques et politiques entrent en inadéquation avec plusieurs principes de la neutralité. Et certains lobbies poussent vers une plus grande régulation du réseau Internet.

La neutralité du net : une question avant tout économique…

Majors, maison de disques et FAI (fournisseur d’accès à Internet), chacun a des intérêts à protéger et pour ce faire, tous opteraient pour une régulation plus importante des échanges sur Internet.
D’un côté, les uns voudraient pouvoir surveiller ce qui se partage sur le réseau pour limiter le piratage et démasquer les contrevenants. D’un autre, les FAI, qui doivent entretenir le réseau pour garantir un accès optimal souhaiteraient que les fournisseurs de contenus (tel que Google, Youtube mais aussi les blogs) participent en mettant la main à la poche. Pour ce faire, les FAI ont tenté de mettre des contraintes tarifaires pour obliger les éditeurs de contenus à payer pour que les internautes puissent accéder sans problème aux contenus du site.

Ces contraintes, ou incitations se sont notamment étendues jusque sur les smartphones où par exemple, Orange avait convenu d’un arrangement avec Deezer, qui permettait aux clients mobiles d’accéder au service de musique de manière illimitée. Mais pour les concurrents de Deezer, les clients ne pouvaient dépasser 1 Go d’échange de données, ce qui ne représentait que très peu de temps d’écoute.

Plus généralement, les FAI rêvent d’un nouveau modèle économique où les fournisseurs de contenus payeraient en fonction de la bande passante qu’ils utiliseraient.

Avoir les yeux partout

… mais aussi politique

Les hommes politiques ont compris depuis bien longtemps les rouages des médias classiques mais Internet et les réseaux sociaux sont des outils assez « neufs » dans la sphère politique. Ils leur font d’ailleurs plutôt peur parce qu’ils ne maitrisent pas les propos des internautes et la façon dont sont menées les interviews comme dans la presse, à la télé ou à la radio. Sur Internet, Mr Tout Le Monde peut prendre la parole et critiquer ouvertement les politiques, ce qui peut en agacer certains.

D’autre part, les phénomènes de bouche à oreille sont amplifiés sur Internet par rapport aux médias plus classiques : les moindres boulettes sont reprises, accentuées, parodiées par des centaines d’internautes. Et pour effacer un contenu qui pose problème, vous pouvez ramer… Longtemps !

En effet, la communauté des internautes est soudée quand il s’agit de tenir tête. Sur Internet, l’effet Barbara Streinsand prend tout son sens : si un contenu est menacé parce qu’il dérange certains, vous pouvez être sûr que celui-ci sera repris, republié et repartagé par une grande partie des internautes. C’est entre autres ce qui vient de se passer avec Cyroul et son article analysant les pratiques de l’agence Fred&Farid.

Pourquoi garantir la neutralité du net ?

Au final, j’ai parlé des enjeux qui pourraient porter atteinte à la neutralité du Net, mais finalement, pourquoi est-il essentiel de la garantir ?

La neutralité du net permet de garantir les grands principes de la liberté d’expression, de la liberté d’information et de la libre concurrence.
Internet est, comme nous l’avons vu plus haut, un réseau qui transmet de l’information et est donc à l’origine totalement neutre.

Or, si on commence à contrôler les données qui circulent ou à inciter les éditeurs à ne rendre accessibles que certains contenus, on ne respecte plus la garantie du libre accès aux données. Un peu comme si la Poste vérifiait votre courrier et vous le distribuait que si celui-ci leur plaisait. La neutralité du Net permet à l’ensemble des internautes de pouvoir accéder à toutes les données, sans restriction.

Enfin, la neutralité du Net est vitale pour la libre concurrence : chacun est libre de produire et de consommer des services et des contenus, sans limites de sujet, et sans contraintes imposées par les FAI.

La neutralité du net défend alors l’idée selon laquelle nous sommes libres de créer, de partager et de s’informer sur les sujets qui nous intéressent. En se basant sur ce principe, on comprend mieux le cheval de bataille de La Quadrature du Net et autres lobbies qui veillent à faire respecter ces droits.

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3 Commentaires

  1. Bonjour,

    Très bon résumé de cette conférence ! Néanmoins j’ai une petite question. D’où sont tirées les illustrations ?

    Merci d’avance

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    • Bonjour Alexandre,
      Merci pour ton commentaire :)
      Les illustrations proviennent d’istockphoto.
      A bientôt

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  2. Merci pour l’info Marie, je vais y jeter un coup d’oeil (au carré) ;)

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